Introduction

Au milieu de nos déserts, le monastère

Il y a des communautés monastiques en France, en Gironde et ailleurs, dans les campagnes et au cœur des villes, cloîtrées ou ouvertes visiblement sur le monde. Les lieux choisis pour l’implantation des monastères sont en général porteurs de beauté « qui renvoie à celle du Créateur », et les paysages de silence.

« Le fait même de goûter le silence, de se laisser, pour ainsi dire, «emplir» par le silence, nous prédispose à la prière. Le grand prophète Elie, sur le mont Horeb assista à un tourbillon de vent, puis à un tremblement de terre, et enfin à des éclairs de feux, mais il ne reconnut pas en eux la voix de Dieu; il la reconnut en revanche dans une brise légère (1R 19, 11-13) . Dieu parle dans le silence, mais il faut savoir l’écouter. C’est pourquoi les monastères sont des oasis où Dieu parle à l’humanité ; et on trouve en leur sein le cloître, lieu symbolique, parce que c’est un espace fermé, mais ouvert vers le ciel . (Benoît XVI, audience générale, 10 août 2011).

Ces « oasis de l’esprit » au cœur de nos déserts magnifiques sont « un signe, le signe visible de l’attente, de la vigilance du cœur, plus précisément de la foi en l’avènement du règne à venir de Dieu : de la Vie éternelle. » Retiré du monde, le monastère est bien ancré dans le monde. Si l’abbaye nous montre un visage fait d’exception, de vie de prière, de vie communautaire, de silence, de solitude, de stabilité, de travail,… elle est bien dans le monde.

« Le silence et la beauté du lieu où vit la communauté monastique — beauté simple et austère — constituent comme un reflet de l’harmonie spirituelle que la communauté elle-même cherche à atteindre. En regardant les choses dans une optique spirituelle, ces lieux de l’esprit sont une structure portante du monde ! Et ce n’est pas par hasard qu’un grand nombre de personnes, en particulier dans les périodes de repos, visitent ces lieux et s’y arrêtent pour quelques jours : l’âme aussi, grâce à Dieu, a aussi ses exigences ! » (Benoît XVI ) .

La clôture ne se résume pas à une grille infranchissable et ne s’arrête pas aux portes du monastère. Elle nous inclut dans la vie du monastère aussi loin que nous en soyons. Les communautés attirent toujours davantage nos contemporains qui, dans un monde tempétueux, une société peu sûre, bien souvent folle et agitée, se retrouvent sans capitaine ou à suivre des nautoniers hâbleurs qui n’ont pas de port. Le cœur de l’Homme est toujours en recherche d’amers fixes et identifiables, de repères solides pour orienter sa route et éviter les écueils. La radicalité, l’engagement, la stabilité monastique, l’obéissance, la pauvreté, la chasteté, intriguent, attirent et viennent secouer les certitudes d’une société qui promet le bonheur dans l’individualisme, le repli sur soi, l’argent, la jouissance, le tout tout de suite.

Nombre de personnes viennent ainsi puiser à la source, se désaltérer à l’oasis, méditer, entrer en retraite, suivre une réunion, un séminaire, se former ou prendre un simple temps de silence au cœur de la nature : le monastère a aussi une vocation sociale en ce sens qu’il reverse au monde, cette paix, ce silence, ce calme, la réflexion issue de la méditation et les fruits de ces nombreux séjours. Le monastère rayonne silencieusement, diffuse et touche, au-delà des visiteurs, même ceux qui n’en connaissent pas l’existence.

« La radicalité évangélique n’appartient pas seulement aux religieux : elle est demandée à tous » (Pape François)

Cette « vie simple, menée de façon authentique, au jour le jour, » est un signe pour le monde, une marque de l’essentiel. Le monastère silencieux parle au monde. Par sa manière d’être, de vivre les choses simples de la vie, la communauté nous donne à réfléchir sur notre propre vie et les grandes questions qui nous habitent que sont la fraternité, la joie, l’obéissance, la pauvreté, le travail, la prière, la vieillesse, la mort…

S’adressant à ceux qui quittent tout pour le Seigneur, le Pape François nous appelle tous à puiser à l’oasis : « La radicalité évangélique n’appartient pas seulement aux religieux : elle est demandée à tous. Mais les religieux suivent le Seigneur de manière spéciale, sur un mode prophétique. Moi, j’attends de vous [religieux] ce témoignage-là. Les religieux doivent être des hommes et des femmes capables de réveiller le monde »[1].

De ce blog, écrit au fil des jours, devrait sortir un livre, un beau livre, imprimé sur du vrai papier… Une souscription est ouverte, en attendant, réveillons-nous.

Écoutons en silence. Ensemble dans nos déserts.

Patrice Branche


[1] http://www.vatican.va/