Le travail

« Ils seront vraiment moines s’ils vivent du travail de leurs mains »
(Règle de Benoît, 48).

En tradition cistercienne, le travail est une valeur, un pilier de la vie monastique au même titre que la lectio divina, que la liturgie, que la vie fraternelle. Il est un élément unifiant, pacifiant dans notre vie.

Comme pour tous les hommes, le travail est le moyen qui nous permet une autonomie économique afin d’assurer notre quotidien par nous-mêmes. Il nous faut gagner notre vie, acquérir une compétence pour répondre aux exigences, aux normes économiques et pour satisfaire en toute honnêteté notre clientèle. Ainsi, nous vivons du travail de nos mains. Certes, le temps investi est moindre que la plupart des travailleurs qui nous entourent, mais il occupe plus d’un quart de nos journées de 24 heures consacrées aussi à la célébration de l’office choral et de l’eucharistie. Nous n’échappons pas au travail à la chaîne, à la concurrence, au payement des impôts, des assurances… Mais tout cela nous unit étroitement à nos contemporains et nous fait communier aux soucis de la plupart : avoir un travail rentable, le maintenir, le mettre à sa juste place afin qu’il n’envahisse pas la vie dans sa globalité.

S’il nous est indispensable de gagner notre vie, le travail nous permet aussi de participer à l’œuvre de la création. Nous avons le souci de faire, d’améliorer, de perfectionner afin que du beau, du meilleur, du vrai advienne dans notre monde qui ne cesse lui-même de se transformer, de s’accomplir. La création est de tout instant, elle ne cesse d’être en chantier.

Notre travail peut être dur, contraignant, monotone parfois. C’est aussi, pour nous, une manière de participer à la rédemption du monde. Nous donnons de nous-mêmes avec joie pour que d’autres reçoivent aussi avec joie.

En vie communautaire, le travail est très équilibrant physiquement et psychologiquement. C’est un lieu où chaque sœur se révèle presque à son insu. De plus, il permet une profonde cohésion entre nous. Chacune a sa part, son emploi, son service qu’elle assure avec une réelle liberté mais dans une profonde fidélité. Le travail nous rend solidaires. Il est aussi un formidable lieu de relation – pas forcément dans la parole d’ailleurs. Ce que chacune réalise se répercute sur les autres. Un monastère est un peu comme une ruche, chacune a des responsabilités qu’elle se doit d’assumer et d’assurer pour le bien de toutes. Si le travail nous rend solidaires entre nous, il nous rend solidaires aussi de nos frères et sœurs en humanité avec qui nous partageons du fruit de ce travail.

Nous avons la chance d’avoir un travail – ce que certains de nos contemporains n’ont pas – et un travail diversifié, ce qui n’est pas chose facile dans un monastère, car la communauté monastique est une réalité vivante, changeante selon les entrées et les capacités de chacune. Il nous faut accueillir les dons de chacune et transmettre aussi tout un savoir faire. C’est une belle expérience d’édification du corps communautaire.